Les adonaissants, François de Singly
- Qu'est ce qu'un adonaissant ?
- L'adonaissant n'est pas un adulte
- L'adonaissant devient en partie « propriétaire » de lui-même
- L'adonaissant veut être reconnu comme « jeune »
- Apprendre à être propriétaire de soi en milieu-cadre
- Une identité clivée, et idéalement équilibrée
- Une balance identitaire mal réglée
- La négociation de la propriété de soi
- Apprendre à être propriétaire de soi en milieu populaire
- Une identité cumulative
- La dépossession de soi
- Les modes d'affirmation de soi
- Le pouvoir adonaissant sous contrôle parental
- L'inspection des habits d'élève et de jeune
- Libres ensemble ?
On cherche ici à situer les jeunes générations dans la société. Les parents, principalement, ont besoin de situer pour élever. François de Singly souligne que le passage de l’enfance à l’adolescence ne se fait pas sans transition.
Force est de constater qu’il existe un découpage du cycle de vie plus détaillé, faisant ressortir la période précise de transition qu’est l'« adonaissance ». Alors que les adultes souhaiteraient rester des adolescents ou « adulescents », les jeunes cherchent de leur côté à s’individualiser, pour mieux s’affirmer en tant que personne à part entière.
Le changement serait issu de la montée de l’individualisme et de l’individualisation, c’est-à-dire le fait de ne pas être défini dans un contexte unique de génération, de sexe, ou d’autre institution. Ainsi, un garçon n’est pas seulement « fils de » au même titre qu’une femme n’est pas qu‘ « épouse ». L’individualisation est un refus de la réduction identitaire.
Ce constat étant fait, on comprend mieux un certain flou, né de la chute des barrières générationnelles, de genre, d’orientation sexuelle… L’exemple des droits est pris pour illustrer ce point : L’enfant a des droits sans attendre l’âge adulte. Pour autant, un malade a des droits en tant que personne, mais ne prend pas la place du médecin. Ses droits sont restreints à un certain pouvoir dans la relation.
Ce dédoublement identitaire ne bouleverse donc pas totalement la hiérarchie, la « taille symbolique » entre les individus. L’enfant ne devient pas pour autant « un adulte ».
Les préconisations des Lumières n’y peuvent rien : Le « Sapere aude » (Ose penser) kantien, n’a pas grande valeur sans une condition sociale favorable. Cette condition semble être la possibilité de s’exprimer. Les enfants devraient aussi pouvoir avoir cette possibilité. Mais voilà, penser par soi-même, c’est être « majeur ». Se pose alors la question de l’existence d’une « enfance majeure » (Charles Fourier), car celle-ci surprend, voire effraie.
Or, cette peur provient d’un amalgame entre les termes « majeur » et « adulte » que l’auteur tente alors de rectifier. Selon de Singly, l’enfant et l’adolescent n’ont pas à être traités comme un majeur au sens d’un adulte, mais peuvent bénéficier d’une part de « majorité » au sens de l’ « autonomie ». Cette autonomie consiste surtout à prendre de la distance vis-à-vis de ses parents, tout en leur montrant qu’ils sont dignes de confiance. L’adonaissant est donc à mi-chemin entre la minorité et la majorité.
[...] Dans pratiquement toutes les familles envisagées lors des enquêtes, les adonaissants se voient imposer par leur parent des limites dans l’horaire du coucher, et bien qu’ils aient le droit de se coucher à une heure plus tardive lorsqu’ils n’ont pas école le lendemain, cette limite est bien réelle. Bien évidemment, aucun adonaissant ne dicte à ses parents l’heure à laquelle ils doivent se coucher. Ces jeunes sentent qu’ils n’ont aucune légitimité dans la gestion de l’emploi du temps de leurs parents, n’ayant eux même pas l’entière responsabilité du leur. [...]
[...] En négociant, elle est parvenue à faire sauter les deux derniers. Bien que Charline ne trouve pas ses parents trop envahissants, elle trouve d’une part qu’il est normal qu’ils lui demandent son avis quand ils établissent un programme la concernant, et d’autre part, qu’ils devraient le faire plus. Il n’est pas rare qu’elle discute les limites que ses parents fixent pour les horaires de sortie. Elle remarque cependant que son entrée au collège a engendré du changement. Elle dit se sentir plus grande Cependant, les parents de Charline conservent deux points d’autorité stricte : Internet, sur lequel elle n’a pas du tout de droit de surfer, et l’éducation religieuse, une culture à laquelle ses parents sont attachés. [...]
[...] L’adonaissant aura alors plus de risques de penser que ses parents le réduisent à sa dimension d’élève. Pour que l’investissement dans les études et que le lâcher prise des parents ait lieu, il faut que le jeune intègre la scolarité à sa zone d’expression personnelle. Du fait de l’éducation qui y est dispensée, dans les familles populaires, les adonaissants se sentent plus concernés par leurs études (surtout les filles). L’intervention des parents et de même bien mieux tolérée : Les études sont l’affaire de tous dans ce modèle continuitiste. [...]
[...] Selon le milieu, les conceptions éducatives diffèrent donc, pourtant il demeure des points communs dans l’exercice du contrôle parental. Le premier point commun concerne la scolarité. Dans les deux cas, elle relève de l’identité familiale. Dans les milieux populaires comme dans les milieux-cadres, l’élève est aussi fils/fille de Le deuxième point concerne le rattachement des adonaissants à la culture jeune à travers une certaine catégorie de produits qui leur sont destinés - et ce, quel que soit le milieu d’origine. Dans tous les cas, l’adonaissant n’a qu’un pouvoir partiel sur lui-même. [...]
[...] Face à l’interrogatoire des parents, les adonaissants se sentent parfois agacés, mais également rassurés que leurs parents leur portent un intérêt. Ainsi, Elise, bonne élève en classe, déclare qu’elle serait un petit peu gênée qu’ils ne m’aident pas Elle compare sa situation à celle d’enfants dont les parents sont incapables d’aider leurs enfants ou s’en désintéresse et conclut, malgré les inconvénients, que sa situation est meilleure. Tous les adonaissants ne sont pas égaux face aux questionnements de leurs parents. Les plus investis dans leurs études (les filles principalement) les vivront comme de l’intérêt. [...]
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